Les attaques contre la voie pro : la lubie idéologique du tout apprentissage.

La présentation de l’apprentissage comme la solution pour la formation professionnelle entre dans une guerre idéologique.

L’État et les Régions veulent augmenter le nombre d’apprentis mais au final peu d’entreprises sont volontaires pour les accueillir. Le nombre d’apprentis a même baissé dans le privé : il était de 304389 en 2012 et il était de 272315 en 2015. L’État et les collectivités territoriales se mis à prendre des apprentis pour faire décoller l’apprentissage et celui-ci se développe sur pour les niveaux I et II au détriment des niveaux V. Et si le nombre d’apprentis mineurs dans les TPE a augmenté pour atteindre les 11000 embauchés, c’est grâce à la mise en place en 2015 de l’aide TPE jeunes apprentis. L’apprentissage reste un parcours possible pour certains élèves mais n’est pas LA solution pour la voie professionnelle, et surtout pour l’emploi… car derrière, se cache bien l’idée que le chômage est lié à un problème de formation alors que ce sont bien les choix économiques actuels qui détruisent les emplois. Le patronat a eu le CICE, nous attendons toujours le million d’emplois promis en échange…

Par ailleurs, la formation par apprentissage se faisant souvent avec des personnels précaires, il s’agit d’un nivellement par le bas des conditions de travail des personnels de la formation. Il est intéressant de lire les conseils de l’institut Montaigne qui préconise de transformer les lycées professionnels plutôt que d’ouvrir des places en CFA  en jouant sur l’annualisation du temps de travail car le coût sera moindre…

Une formation qualifiante professionnelle est nécessaire dès le niveau V.

Le modèle de la formation professionnelle est issu du programme de la Résistance. Il entre dans les grandes avancées sociales car il est lié aux enjeux des conventions collectives. Assurer une formation et la faire reconnaître dans les conventions collectives permet aux travailleurs d’avoir des savoir-faire à monnayer sur le marché du travail et répond aux besoins de la société. C’est à un choix de société différent auquel on se heurte aujourd’hui. Les élites veulent imposer une société basée uniquement sur la compétitivité alors que nous avions un modèle où existaient des espaces de coopération à côté de la concurrence du marché. Un autre choix est possible et il n’est pas archaïque comme le prétendent les libéraux : il prend en compte la réalité de la majorité des individus. Nous nous trouvons actuellement avec un déficit de spécialistes correctement formés dans de nombreuses branches comme le second œuvre du bâtiment, l’électronique, la mécanique ou l’administration des PME-PMI par exemple.

Une formation qui répondent aux besoins sociaux et écologiques du 21e siècle.

Nous pensons qu’il faut réindustrialiser le pays. Nous devons pouvoir répondre à nos besoins sans être dépendants d’autres pays pour la production. Au-delà des aspects géopolitiques et économiques, se pose aussi les questions écologiques : la division internationale du travail engendre des pollutions et les autres Humains n’ont pas à vivre dans un environnement sur pollué par une production à outrance pour satisfaire nos besoins. Donc, les industries qui nous sont nécessaires doivent être relocalisées.

Mais nous savons aussi qu’une ré industrialisation ne peut se faire sans développement des services publics. Les services publics doivent répondre à des biens et des services essentiels pour la population : accès à l’eau, à l’énergie, à la santé, à l’éducation,  des moyens de transports, moyens de communication, moyens de garde pour la petite enfance et pour les personnes âgées… La Fonction publique doit être développée et améliorée.

Pour réussir cette ré industrialisation et ce développement des services publics, nous avons besoin d’une formation professionnelle de qualité qui permette à chacun d’occuper un emploi utile, quelles que soient ces capacités.

Nous n’avons pas à abaisser le niveau d’exigences des diplômes professionnels mais par contre, nous devons nous donner les moyens pédagogiques nécessaires à la réussite de tous les élèves.

Il faut donc :

  • revoir les référentiels des différents diplômes en prenant en compte l’avis des travailleurs des différents métiers,
  • proposer une formation qui donne une vision d’ensemble des processus métiers,
  • revenir à un bac pro 4 ans pour laisser le temps aux élèves d’acquérir les apprentissages,
  • proposer des CAP supplémentaires,
  • maintenir l’enseignement professionnel dans le cadre de la fonction publique d’État,
  • obtenir un statut de fonctionnaire d’État pour les formateurs de l’AFPA, pour les formateurs du GRETA, pour les formateurs des CFA qui doivent être publics. Il faut mettre fin à la précarité dans l’ensemble des structures de formation. Cela évitera une mise en concurrence absurde de structures qui doivent être complémentaires.

La voie professionnelle ne doit plus être une voie de garage. Il faut donc y assurer une formation générale importante qui permettent les poursuites d’études, non pas pour acquérir des savoirs de bases déplacés vers le supérieur, mais pour viser une qualification supérieure qui enrichisse les techniques et les connaissances.

Les attaques qu’elle subit de la part de certaines organisations patronales et des gouvernements à leur service nous rappellent que la formation professionnelle est un outil pour l’émancipation des travailleurs. Nous avons donc tout intérêt à la défendre et à imposer un contrôle démocratique sur ses finalités.

Voir aussi : Une volonté de déqualification

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